J’étais seule à Bora-Bora, la destination des couples en lune de miel

De 8 juillet 2018 septembre 22nd, 2018 Polynésie Française

Dans l’aéroport de Raiatea, j’attends mon avion pour Bora dans la salle d’embarquement et je vois tous les cinq mètres des couples qui semblent plus heureux que la moyenne. Ça glousse, ça se touche les cheveux, ça se tient la main. Je baisse le regard et repère les bagues aux doigts. Je suis encerclée par des couples en lune de miel. Tous ont autour de la trentaine. Mon âge donc. Et je suis seule au milieu de la cohorte, honteusement célibataire.

Je n’ai pas payé d’hôtel à 1000 euros la nuit

À Bora-Bora, les couples en lune de miel ils dorment généralement dans des bungalows sur l’eau et ça, ça vous arrache un bras. Économiquement parlant j’entends.

Pour se loger, il y a plusieurs solutions. Soit, vous êtes arrivés en voilier parce que vous terminez un tour du monde (bien joué) et là vous pouvez rester ancrés au mouillage ou parqués dans une marina. Soit, vous êtes (très) riches et vous prendrez une chambre à fleur de lagon pour grosso merdo un smic la nuit. Soit, vous êtes comme moi, c’est-à-dire que vous êtes à un bras près, et vous vous tournerez vers une pension familiale (un genre de gîte « bed and breakfast ») ou Airbnb pour près de 70 euros la nuit.

Mais j’avais décidé de ne pas dépenser d’argent dans le logement. Et puis à l’évidence, je n’étais pas en lune de miel. Alors, j’ai fait du couchsurfing à Bora-Bora. Je suis tombée sur un hôte vraiment sympa qui m’a fait faire le tour de l’île, m’a amenée sur la plus belle plage de l’île (la plage Matira) et m’a poussée à faire un truc que je n’aurais jamais pensé faire de ma vie…

J’ai nagé avec des raies et des requins

Nager avec des raies et des requins à Bora-Bora semble faire partie des incontournables. Alors évidemment, il ne s’agit pas de requins considérés dangereux pour l’homme. On ne s’amuserait pas à se baigner en compagnie de trop gros poissons qui potentiellement t’arrachent un bras (ah tiens, déjà vu ça…) ou te bouffent carrément.

Mais même. Quand Ben, mon hôte, évoque le sujet d’aller nager avec des requins, je refuse en bloc. Les requins c’est une phobie largement alimentée par « Les dents de la mer » que j’ai regardé étant petite. Gros traumatisme. Mais Ben ne lâche pas le morceau. En plus, il fait des croisières sur le lagon de Bora, c’est son métier, il connait son sujet : « Tu ne risques absolument rien ».

J’essaie de rationaliser la chose. C’est pas facile, je suis irrationnelle.

Honnêtement, je n’arrive plus à me souvenir de la raison pour laquelle j’ai finalement accepté de partir en excursion pour nager avec des raies et des requins. J’ai dû me laisser emberlificoter. Je feinte le courage mais dans ma tête, c’est clair : j’ai un plan… Je partirai pour l’excursion et quand viendra le moment de sauter dans l’eau pour batifoler avec les dents de Bora, je dirai quelque chose du genre : « Non merci, je reste sur le bateau » et je resterai planquée comme une grosse lâche, hors du danger que tout le monde semble collectivement négliger. Au pire, si on insiste, je pourrais toujours dire que je ne sais pas nager. C’est imparable.

Mon plan est finement ficelé. Pour environ 80 euros, je pars le lendemain pour ma fausse excursion avec la compagnie Lagoon Service. Sur le bateau, je rencontre des gens super sympas, on discute de ce qu’on fait là mais secrètement je cherche à décrypter sur les visages enjoués qui fait semblant ici, qui a une trouille bleue au fond des yeux. Je tombe sur Alex, une australienne en lune de miel avec son frais mari (jusque là tout est normal), qui me confie qu’elle a très peur, comme moi. Je suis rassurée.

On arrive au premier arrêt de l’excursion : les raies. L’eau n’est pas très profonde, j’ai pieds. J’essaie de rester proche d’Alex qui elle-même se réfugie derrière Bryce, son mari. « Pourquoi cette guirlande humaine ? » me direz-vous. En somme, cela ne fait qu’agrandir la masse mangeable disponible.

Au bout de quelques minutes, je me détends et touche même des raies parce que les guides nous les mettent sous le nez. C’est très glissant.

Puis on part pour l’arrêt des requins. En arrivant sur le lieu du danger, les guides lancent à l’eau du poisson pour attirer les requins près du bateau. Une pensée me parvient et me fige : « Peut-être que c’est pour qu’ils n’aient plus faim lorsque l’on rentrera dans l’eau ». Mon plan se met immédiatement à exécution dans ma tête. Tout le monde se jette dans la gueule du loup et moi je reste en arrière du front comme prévu. Quand Alex me demande si je viens, je réponds ma phrase déjà prête depuis la veille. Mais elle trouve les bons arguments : « Tu ne reviendras plus jamais ici, tu vas le regretter si tu ne le fais pas ».

Mon cerveau se déconnecte et je vois mon corps descendre tout seul, de lui-même. Alex est déjà loin et tout le monde semble hypnotisé par le spectacle sous-marin. Moi, je descends l’échelle à barreaux jambes tremblantes et pieds nus en prenant une attention toute particulière pour ne pas glisser. Je ne voudrais pas que cela arrive plus vite que prévu. J’immerge mon corps que j’ai recroquevillé en forme de boule pour prendre le moins de place possible dans l’eau et je reste là, le bras agrippé à l’échelle. Je suis donc dans l’eau mais peux remonter sur le bateau en deux temps trois mouvements si besoin. Charlène est à côté de moi, elle aussi est très impressionnée. Je pose la tête à la surface de l’eau et plonge mon regard dans l’océan bleu foncé. Des requins citrons passent à quelques mètres de nous, je n’arrive pas à y croire.

Aussi magique soit-elle, mon expérience durera cinq minutes montre en main, car je décide de remonter sur le bateau. J’estime avoir été courageuse pour l’année.

Je ne suis pas sûre d’avoir à nouveau le courage de répliquer un jour une telle expérience, mais je dois avouer que cela reste l’une des journées les plus marquantes que j’ai eu à vivre en Polynésie. J’en garde un souvenir un peu irréel et plein d’émotions. Ben, Arii Tea, Charlène et Alex, merci de m’avoir aidée à me dépasser. Et un merci tout particulier à Alex pour les photos sous l’eau !